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August 23 Les justes
Chassez le grenouillot il revient au galopDe forêts giboyeuses en contrées montagneuses,Brave globe-trotter, chevalier sans rivauxDéfiant les brigands par delà les Rocheuses.
Au bord de la falaise se débat la princesse -Cachons-nous, observons le flambant Don Quichotte -Elle est piégée, un bandit lui pince les fesses...Pars, cours, vole au secours d'une si noble sotte !
La charmante personne, le touchant petit voile,Prenez garde à tomber, ne remuez d'un poil,Ecoutez bien Monsieur, vous aurez la vie sauve,
Ma mie, vous êtes entre de bonnes mains ;Levez vos yeux sur moi : ai-je l'air d'un coquin ?Souris, joli minois, volète robe mauve...
Grenouillot de ta foi je ne douterai plus,Ardent batifoleur des causes entendues !
May 12 Publi-communiqué
"Il est puissant par la force de son intelligence. Il est bon par la grandeur de son âme. Il ne laisse pas vivre le méchant, Et il fait droit aux malheureux. Il ne détourne pas ses yeux de dessus les justes, Il les place sur le trône avec les rois, Il les y fait asseoir pour l'éternité, afin qu'ils soient élevés." Les éditions Achète-moi ça présentent : un magnifique lot de douze icônes votives à l'effigie de VOTRE PRESIDENT. Au détour d'une antichambre, d'un corridor, d'un boudoir, d'une alcôve, d'une cabane à outils, quelle consolation de croiser le regard paternaliste de VOTRE PRESIDENT ! En toute simplicité, VOTRE PRESIDENT parade en votre honneur sous l'objectif aguerri de Jean-Marie Bulle, ami des stars. Plumes de paon, poils de castor, véritable queue de pie, mollet fourré à l'astrakan, VOTRE PRESIDENT, paré de ses plus beaux atours, saura répandre harmonie, sérénité et intelligence dans votre intérieur. Séances de réflexions, franches rigolades, viriles poignées de main, regards appuyés, autant de moments d'intimité qui sauront adoucir la vôtre, car VOTRE PRESIDENT est un homme comme vous tous, Il vous ressemble ! Dormez, cirez vos chaussures, préparez vos repas sous la houlette bienfaitrice de VOTRE PRESIDENT ! En quelques jours, votre nourriture gagnera en saveur et en consistance ; mâchant plus lentement, vous savourerez davantage ; "Celui qui courbe sous les fers sera délivré, Et son pain ne lui manquera pas. " A vous, les nuits oublieuses et réparatrices ! Pulvérisés, ces petits cailloux qui se mettaient en travers de votre chemin et vous empêchaient de réaliser vos rêves les plus chers ! Sous la douce influence des douze icônes votives, votre volonté s'affermira ; de nouveaux cieux ne tarderont pas à s'ouvrir, radieuses promesses d'une fulgurante ascension. Avec VOTRE PRESIDENT, partez à la conquête de votre avenir, pour une protection optimale au quotidien ! N'oubliez pas de combler vos proches, mais aussi vos amis, vos voisins, et même vos collègues de bureau. Après tout, chacun a droit à sa part de bonheur...
January 06 La Poule aux yeux d'or
Les deux-mille n oeufs attendaient leur heure, serrés les uns contre les autres comme des pingouins qui ont pris froid, mais si étroitement soudés, si hardiment dressés au nez et à la barbe de l'air hivernal que ni les cruels accidents de la nature, ni les revirements subits de notre civilisation capricieuse ne semblaient pouvoir jamais les ébranler. On eût dit que les minces carènes de ces frêles esquifs recelaient quelque précieuse cargaison, quelque secret couvé jalousement sous une apparente indifférence, trésor bien gardé dans l'enceinte d'une coquille aussi impénétrable que la façade aveugle d'un immeuble new-yorkais. A l'heure convenue, les deux-mille n oeufs, n'y tenant plus, se brisèrent avec fracas pour offrir aux regards leurs doux mirages de renaissance... November 21 all inclusive
- Mes amis, nous voici réunis en ce beau jour finissant d'octobre. J'ai le plaisir de constater qu'une fois de plus, vous êtes venus nombreux au rendez-vous. Hum. Je vois même quelques nouveaux visages, là-bas au fond, auxquels je souhaite la bienvenue. Tous se retournent. Les visages du fond se retournent à leur tour, gênés. - Hum. Excusez-moi, je sors à peine de maladie. Une grippe qui m'a cloué au lit durant quinze jours. Saloperie. Hum. Mais je suis là. Je serai toujours là pour vous. Le harangueur des foules médite un instant avant d'extirper de sa poche un mouchoir en papier qu'il déplie d'un geste théâtral. Après s'être mouché bruyamment, il pose le mouchoir en boule à sa gauche, sur le bureau. - Hum. Et vous aussi, vous êtes là, vous êtes venus nombreux en ce beau jour finissant d'octobre : était-ce pour quitter le bureau plus tôt ? pour oublier les braillements insupportables du petit dernier ? pour échapper aux jérémiades incessantes des épouses hys-té-riques ? Le harangueur paraît hors de souffle. Ses lunettes scrutent de long en large l'assistance silencieuse. Soudain, comme saisi d'une impulsion, il se fait les poches avec insistance. Dépité, il fait signe à son assistant d'approcher. Celui-ci retourne alors ses poches, sans succès. Doublement agacé, le harangueur s'empare vivement du mouchoir resté sur le bureau et s'essuie le nez à plusieurs reprises, avec hargne. On entend quelques chuchotements et toussotements dans la salle. Le discours semble compromis. Certes, le harangueur n'a emporté qu'un seul mouchoir, mais l'assistant aurait dû prévoir. Après tout, il est payé pour ça. Pendant le discours qui suit, le harangueur tient le mouchoir lesté avec précaution, du bout des doigts. - Grâce aux efforts renouvelés de nos bénévoles, le cercle des Colibris Boiteux s'est élargi. Depuis notre dernière assemblée générale, pas moins de douze membres nous ont rejoints, parmi lesquels Monsieur Voclant, directeur général de la Caisse des Dépôts et Conciliations (le costume gris se déploie au premier rang, adresse un salut fastueux à l'assistance et se rassied avec grâce), Monsieur Dument, trésorier d'une grande banque (le voisin de Monsieur Voclant, jeune cadre avenant, exhibe un sourire victorieux) et Monsieur Bastringue, manutentionnaire à la H & B Fondation. Allons levez-vous Besieur Bastringue, vous expribez la voix du peuple, des gens cobe vous ont droit à leur carte de barti, bensez, les forces vives de la dation, ça bérite bien quelques ablaudissebents ! Le petit homme gauche en calicot bleu se redresse avec timidité. Il fixe le bout de ses souliers tandis que l'assemblée applaudit poliment. Mais les regards sont pleins d'inquiétude. La salle s'agite. Qu'est-ce que ce manutentionnaire, sinon une main tendue aux indésirables ? Le comité directeur a-t-il perdu la tête ? La belle affaire : on accueille les petites gens, et bientôt des hordes de mendiants, de vagabonds, la lie de la société, se presseront aux portes des Colibris Boiteux ! Pourquoi pas des étrangers sans papier pendant qu'on y est ! Un sage n'épluche pas ses oignons sur une pièce montée ! Pareil scandale est inadmissible ! Et la rumeur enfle tandis que le maître de cérémonie tente par tous les moyens de désobstruer son nez, elle enfle, elle enfle si fort que l'on ne s'entend plus, si fort que l'assistant outrepasse son devoir de réserve et hurle à qui veut l'entendre : - C'est la loi. Il en faut trois pour cent ! - Trois pour cent, vous êtes sûr ? - Certain. C'est inscrit dans la loi. Au moins, je puis vous garantir qu'on ne les dépassera pas. Alors chacun retourne à sa place, se rassoit, se détend, se débarrasse, et pose sur ses genoux son ample pardessus qui attendra son heure. Si c'est pour les quotas... October 16 LE CAC (d'après Lamartine)Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages,Dans l'infernal tourment emportés sans retour,Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âgesJeter l'ancre un seul jour ?
O Cac ! Je commence tout juste ma carrière,Et au-dessus des flots qu'il me plaît d'ignorer,Regarde ! Je loue et chante le billet vertSuccès et vanité !
Il est entré béni sous sa coque rotonde ;Il s'est frayé chemin sur des flancs déchirés ;Toujours le temps jetait les écumes du mondeA ses pieds adorés.
Un soir, t'en souvient-il ? je rêvais à outrance ;Et les vagues rumeurs, sur l'onde et sous les cieux,De la vénale transe faisaient plus grand silenceFace aux flots harmonieux.Tout à coup des accents inconnus à la terreDu rivage charmé frappèrent les échos ;Le flot fut attentif ; une voix étrangèreLaissa tomber ces mots :
"Marché, suspends ton vol ! actions corruptrices,Suspendez votre cours !Laissez-nous savourer d'archaïques délicesEt humer l'air du jour !
"Assez de miséreux ici-bas vous implorent :Grimpez, grimpez pour eux ;Délivrez l'honnête homme du mal qui le dévoreComme un ver insidieux."
October 02 Publi-communiqué
Les laboratoires Seau-Home et Sanity-Adventus sont heureux de vous présenter leur nouveau produit :
Dernier né de notre gamme "hygiène de la femme", la balayette télescopique à manche ergonomique rétractable 2 en 1 cumule les atouts et risque bien de transformer le quotidien de quantité d'hygiénistes. Finis les expédients de fortune pour récurer plafonds et dessus de bibliothèques ! Adieu mal de dos, foulures compliquées et autres accidents d'escabeau ! Le manche télescopique de la balayette suffit à atteindre sans contorsion des endroits autrefois réputés inaccessibles. La tête de la balayette, au profilé inédit (deux séries de poils courts ou semi-courts souples mais résistants sur les côtés entourant trois rangées de poils drus en quinconce), désobstrue sans difficulté ces interstices inexplorés (moins de dix centimètres) où jadis, la poussière régnait en maître. La poignée ergonomique de la balayette est escamotable et peut aussi servir de chausse-pieds. Ingénieusement articulé (sept tubes en acier inoxydable 10/8), le manche télescopique se replie aisément pour se glisser dans un sac ultra-tendance aux couleurs flashy. La balayette se décline en deux coloris tendrement féminins : poudre toucher peau-de-pêche et framboisine-vintage. Apportez une touche de glamour à votre ménage : adoptez le "tablier intégral" assorti à poche range-accessoires-d'aspirateurs, légèrement transparent sur l'envers, recommandé par Mireille ! Cet article a reçu l'approbation de Monsieur J. K. DUMANCHE, l'auteur du célèbre ouvrage La Balayette Virtuose. L'essayer c'est l'adopter : Mireille, notre mannequin vedette, porte le modèle "Framboisine-vintage". September 26 PublicitéLA Balayette Virtuose EN 50 EXERCICES CALCULES POUR ACQUERIR l'Agilité, l'Endurance, la Vigilance et la plus remarquable aisance corporelleainsi que la souplesse des poignetsPAR J. K. DUMANCHE Seule édition authentique revue et augmentée
Les tâches ménagères sont si répandues de nos jours, les ménagères consciencieuses sont tellement multipliées, qu'aujourd'hui, en matière de balayette, on ne souffre plus de médiocrité. Il en résulte qu'il faut étudier la balayette huit ou dix ans avant de se risquer à faire la chasse aux acariens, même lorsqu'on occupe une chambre de bonne. Or, combien peu de personnes sont à même de consacrer tant d'années à l'étude de cet ustensile ! Il arrive donc souvent que faute d'un entraînement suffisant, le maniement demeure inégal et peu correct. La balayette n'accroche que les couches superficielles de poussière, les meubles s'encrassent irrémédiablement, faute d'exercices particuliers, de larges traînées témoignent d'un passage hâtif et inapproprié, et si l'on s'applique davantage, les nocives particules volètent dans l'atmosphère avant de retomber au sol, de là un air vicié et pestilentiel. Pendant plusieurs années, nous avons travaillé à faire disparaître cet état de choses, en cherchant à résumer en un seul ouvrage des exercices spéciaux, qui permettent de faire en beaucoup moins de temps des études complètes de balayette. Pour atteindre ce but, il suffisait de trouver la solution du problème suivant :
Nous avons résolu ce problème par notre ouvrage : LA BALAYETTE VIRTUOSE EN 50 EXERCICES, etc. , etc. On trouve dans ce volume, les exercices nécessaires pour acquérir l'agilité, l'endurance, la vigilance et l'aisance corporelle, ainsi que la souplesse des poignets, toutes qualités indispensables pour arriver à une belle prestation ; de plus, ces exercices ont été calculés pour que le bras gauche devienne aussi habile que le bras droit. A part quelques rares exercices, que l'on rencontre dans plusieurs méthodes, tout le reste du livre est notre oeuvre personnelle. Ces exercices sont intéressants et n'importunent pas la ménagère comme la plupart de ceux de nos confrères, dont l'aridité est telle, qu'il faut la persévérance d'une hygiéniste fanatique pour avoir le courage de les étudier. Nous avons composé ces exercices de manière à ce qu'après les avoir vus quelquefois, on puisse les exécuter successivement en moins de deux heures, de sorte qu'on ne perd pas un instant en les étudiant. On peut s'exercer à volonté dans la cave, dans la buanderie, dans la salle de réception, dans le vestibule, dans la chambre à coucher ou le cabinet de toilette, passer d'une pièce à l'autre et reprendre les entraînements depuis le dernier jusqu'au premier. On rencontre, dans ce volume, tous les genres de difficultés d'ordre domestique. Nous les avons arrangées de manière que dans tout exercice, les muscles se reposent de la fatigue qu'ils ont éprouvée dans le précédent. Il résulte de cette combinaison, que l'on exécute sans effort et sans fatigue, toutes les figures de balayette ; et après ce travail, dépoussiérer coins et recoins devient un jeu d'enfant. Cet ouvrage est destiné à toutes les ménagères. Dès qu'une fillette parvient à l'âge de raison, elle peut commencer à s'exercer avec le plus grand profit. Quant aux femmes accomplies, elles l'étudieront en fort peu de temps, et iront au ménage sans réticence, heureuses de participer à la douceur du foyer, fières de leur intérieur propret, de leurs chandeliers rutilants et de leur cuisine briquée. Les femmes actives qui n'ont pas le loisir de s'exercer suffisamment pour entretenir leur talent, n'auront qu'à s'arrêter de travailler. On réalise tous les exercices de ce volume en deux heures ; et dès qu'on le possède parfaitement, si l'on répète ce travail tous les jours pendant quelques temps, les difficultés disparaissent comme par enchantement, et l'on arrive à posséder ce geste sûr, efficace, expert et cet oeil intraitable, qui sont le secret des ménagères distinguées. Enfin nous présentons cet ouvrage comme donnant la clef de toutes les difficultés de la balayette. Aussi, croyons-nous rendre un véritable service aux jeunes fiancées, épouses aimantes, courageuses mères de famille, veuves éplorées, en leur proposant d'adopter, pour les soutenir dans leur labeur quotidien, notre ouvrage : LA BALAYETTE VIRTUOSE. September 20 Les p'tits papiers
A l'occasion de la Semaine de la Fleur, une cinquantaine de designer, d'artistes et de littérateurs de tout poil se sont réunis en marge du colloque pluri-annuel de l'Université Hygiénique de Cologne. Leur objectif ? Réaliser une création originale et collective qui étaye les conclusions du colloque "Je suis comme j'essuie" (Actes ouest, éditions UHC 2008). Cette passionnante et audacieuse contribution a donné naissance au premier papier ouaté biopoétique à triple épaisseur "scentmessage." Sans additif ni colorant de synthèse, ce papier-toilette bénéficie du label "écologiquement correct" et ne devrait pas être taxé. Voici en avant-première le texte poétique qui figurera sur chacune des feuilles du génial rouleau :
September 16 Suite de la suite de l'Escapade de Grenouillot
"Me voilà bien, marmotta Grenouillot, à vouloir trop faire le malin, je suis parvenu à me fourrer dans la gueule du loup." Les pattes crispées, il esquissa une ruade qui le fatigua pour rien. Impossible de sortir de cette situation sans un vigoureux coup de main. La fulgurante voltige avait projeté notre gymnaste dans le coin supérieur d'une des parois latérales de sa geôle, et sa petite tête compressée par les deux barreaux métalliques, engorgée de sang, roulait des yeux effarés à l'extérieur de la cage quand le reste du corps s'agitait maladroitement de l'autre côté. C'était peine de voir les graciles pattes tressauter dans un vide qui ne pouvait leur offrir aucun appui. Maître Jacques, un mauvais rictus aux lèvres, se repaissait de la scène avec une gourmandise baveuse. Grenouillot était à sa merci : la poigne de fer enserra le fragile gosier et entreprit de tirer, tirer... Quasi inconscient, proche de l'apoplexie, Grenouillot ne pouvait plus lutter. Sous la main brutale de Maître Jacques, il pensait à l'écureuil dépecé qui réclamait sa compagnie là-haut, dans les branchages, qui attendait ce moment où la tête de Grenouillot rejoindrait la sienne, fraternelle compagne de misère, et poserait sur lui un éternel regard de victime décapitée. Mais le corps de Grenouillot s'avéra bientôt trop athlétique pour franchir la grille. Admirons comme la nature sait s'adapter aux plus âpres conditions climatiques ! Exilé six mois sur douze au pays des yétis, dont le climat est si âpre, si acariâtre, soumis aux rafales du blizzard, aux sournoises tornades, aux carnassières morsures du froid, l'humble faiseur de parkas s'était endurci à la tâche, la carrure était devenue plus large, les muscles avaient sailli de toutes parts, le cou avait gagné en ampleur, le torse s'était étoffé, la peau avait épaissi. Plus Maître Jacques s'obstinait, rentrait les épaules, jurait, s'épongeait le front, se déportait, ahanait, s'époumonnait, plus Grenouillot se raidissait, compromettant gravement des chances de réussite déjà bien minces. Devant les lois de la nature l'homme doit parfois savoir s'incliner, et Maître Jacques finit par obtempérer de mauvaise grâce. Il lui fallait trouver un autre moyen, et l'idée se forma bientôt dans cet esprit fruste, une idée qui de vague se fit convaincante, de convaincante se montra impérieuse : si l'extraction n'était pas possible dans ce sens, elle l'était certainement dans l'autre ! Fort d'une telle déduction, notre génie des bois saisit la cage à bras-le-corps et se mit à la secouer avec la plus grande frénésie, pensant désincarcérer la chétive tête de Grenouillot de son corset de souffrance. Cela lui réussit... trop bien, car le retors Grenouillot, sitôt atterri dans l'herbe, lui fila entre les bottes sans demander son reste... September 11 Publication : La Métatique des bulbes
A chaque rentrée littéraire, Amélie Notable, avec la régularité d'un métronome, nous livre un nouveau roman. Cette régularité se paie cher : relâchement du style, pauvreté de l'intrigue, depuis quelques années les critiques sentaient Amélie en mal d'inspiration et craignaient une décote ! Que l'on se rassure : la cuvée Notable 2008 se boit comme du petit lait. Le roman, intitulé Métatique des bulbes, a reçu l'absolution de la majorité des libraires. Une révélation. Bien que l'auteur refuse d'en faire une promotion forcenée, jugée "racoleuse", ce gros livre de cent pages est en passe de devenir la bible de toute une génération. "Au fin fond de la Lozère, les hautes administrations de la ville de L. se livrent une guerre sans merci. Au milieu des complots, marchandages, chantages et filouteries en tout genre, l'appât du gain entraîne chaque jour les âmes les plus pures à commettre des meurtres assez sordides. Mais cette bureaucratie autarcique, dont les rouages sont désormais bien huilés, ne fait guère parler d'elle. Bref, rien à signaler, s'il n'y avait cet étrange parasite, ce parasite qui se reproduit à tout allure pour coloniser les cuirs chevelus et transmettre une maladie fulgurante, redoutable, inconnue jusqu'alors : la métatique des bulbes. Pour tous les résidents de L., aucun doute, un mystérieux entrepôt est à l'origine du mal : la H & B Fondation. Que dissimulent les hauts murs de l'austère bâtisse d'où l'on ne revient jamais? Qui pousse ces atroces hurlements qui déchirent le silence de la nuit et bafouent le repos des honnêtes financiers? Des crimes sont-ils perpétrés au centre de la vaste cour carrée? Sacrifie-t-on de vaillants travailleurs en usant de procédés barbares? Au nom de quel Dieu trouble-t-on ainsi la quiétude d'une si bonhomme bourgade? L'intrépide J. Walsh, accompagné de bureaucrates aux dents longues, n'aura de cesse d'éclaircir l'affaire..."
September 01 Overbutton
Grenouillot, dis-moi mon garçon,
As-tu recousu mes boutons ?
Bientôt l'hiver et ses frissons
Faudrait pas que j'vire au glaçon
Ça fait deux mois que t'as les ronds.
Tout est fin prêt Monsieur Yéti
J'apporte le coffre à habits.
Vérifiez le blouson de ski,
La veste en laine, le gilet gris,
C'est du travail bien accompli,
Pouvez y aller, ah ça j'vous l'dis !
J'ai tant reprisé cett' saison
Que j'ai des boutons de menton,
Des ors, des bistres des marrons,
En nacre, en corne et en laiton,
Que j'ai des boutons plein les yeux,
Qui m'suiv' partout main dans la main,
Ouvrent mon lit de bon matin,
Renversent le cendrier bleu,
Se roulent au fond du pot de chambre,
Que j'ai des boutons plein le nez,
Plein les oreilles, j'peux plus entendre
Ils veulent tout bien me refermer
Pour m'empêcher de respirer,
Pour m'empêcher de rien comprendre,
Pour m'empêcher de vous parler,
Ils me poursuivent, ils sont partout,
Surtout vous laissez pas surprendre,
J'en vois par terre, j'en vois sur vous,
Celui qui grimp' dans votre cou,
Ecrasez-le, soyez pas tendre,
Les boutons il faut les pourfendre,
Les boutons ça peut rendre fou.
June 08 Publicité1, 2, 3, Beauté !Entre Vous et Nous, c'est une histoire de fous !Déployons tout notre savoir-faire pour votre bien-être... Savez-vous qu'avec 1, 2, 3, Beauté, vous pouvez bénéficier d'une protection sur mesure ? *PROTECTION EVOLUTIVE : Pour protéger votre capital beauté des outrages que le temps pourrait lui faire subir, avec des garanties renforcées en fardage, pédicurie et ravalement de façade. *LES MODULES COMPLEMENTAIRES :
May 23 Actualité scientifique
La Gazette des Communs Nos lecteurs s'en souviennent, notre Gazette avait été la première à mentionner la tenue du Congrès International de la Feuille Ouatée en partenariat avec l'Université Hygiénique de Cologne (bulletin n° 3022). La retransmission par la chaîne étatique de cette journée- marathon, le mois dernier, a rencontré un réel succès auprès du vulgum pecus (36% de part de marché d'après l'Institut Médiapétrie). Après quelques jours de sondages et de tractations bien légitimes, le gouvernement s'est donc réuni autour d'une table à songer pour réfléchir. De là est né l'Observatoire International de la Feuille Ouatée (OIFO), qui sera co-dirigé par deux sommités qu'on ne présente plus, Messieurs Augustin de Porcifère et François of Closet. Mandaté par le Président de la République en personne, sous la tutelle du Ministère de la Culture, ce groupe où crépite le gratin scientifique a pour mission d'observer la qualité du service public en matière de feuille ouatée. Par solidarité avec les télévisions régionales, le groupe a prévu de se concerter chaque mois dans une ville différente : le 24 mai au Zénith de Toulouse, le 25 mai au Watermarché d'Amiens, le 26 mai au Stade de France et le 27 mai à la capitainerie de Belle-île (pour les autres dates de la tournée, visiter le site officiel de l'OIFO : www.http://Millefeuilles-Ouaht!OIFO.gouv.fr.). En contrepartie, les collectivités locales s'engagent à déployer les moyens matériels, humains et financiers d'une telle campagne, et pourvoient aux besoins de l'ensemble des acteurs de cette résidence. C'est bien le moins qu'elles puissent faire. La première journée d'étude s'ouvrira sur un thème qui promet de vifs échanges à Toulouse : "Feuille Ouatinée et préciosité : le luxe de la toilette." Publications
On nous signale la parution du Manuel de perfection humaine, aux éditions Achète-moi ça, collection "Prospectives et supputations", Paris-Plage, 14 pages. Etayant leurs propos par quelques-uns de nos plus illustres auteurs français (Claire Obscure, Marc Sévit, Fabien Goutteux, Alexandre Pelouse), les rédacteurs de cet ouvrage, qui ont préféré rester anonymes pour des raisons idéologiques, ne prétendent pas établir un examen détaillé de tous les écrivains du siècle, loin de là ! Une telle implication - outre qu'elle prendrait du temps et de l'argent - conduirait fatalement à un assemblage hétéroclite de brefs extraits, réunis en un ouvrage long de plusieurs tomes assez nauséabond, sans parler de son prix d'achat pour le consommateur et ça, personne n'en veut ! Ah ça non ! Surtout pas ! En conséquence, les rédacteurs se consacrent, comme le recommandent les Injonctions Officielles des plus hautes instances de l'Autorité Etatique, "aux seuls auteurs dont la réputation n'est plus à faire". Voici le nec plus ultra des best- seller, voici la Littérature avec un grand L. Et Dieu que c'est bon ! Pour la première fois, choix rimera avec impartialité. La nation peut en être fière. La démarche n'est donc pas encyclopédique et rébarbative mais pédagogique et féerique :
Célébrons l'avènement de cette ère nouvelle. Plus de supplice scolaire, oubliés les soporifiques manuels de jadis ! L'ouvrage, qui n'aurait pu voir le jour sans le financement de grands groupes pétroliers, est préfacé par Madame la Ministre de la Santé. May 12 Les Vérités de John Fulvert[John Fulvert est président du Comité des Evidences depuis 2004.] La tomate est charnue de manière à ce qu'on puisse la farcir. Les haricots sont verts pour qu'on ne les confonde pas avec les frites. Les petits pois sont ronds pour qu'on ne les confonde pas avec les haricots verts. Le maïs est jaune et croquant pour qu'on ne le confonde pas avec les petits pois. La lentille est dure et sèche pour qu'on ne la confonde pas avec le maïs. Une partie du monde animal est faite pour distraire, la deuxième pour servir, la dernière pour être mangée, parfois tout à la fois. Les arbres sont faits pour donner de l'ombre et être abattus. Le ciel est fait pour élever les gratte-ciel. Le soleil est fait pour aller à la plage. L'univers est idéalement construit à la disposition de l'homme. May 11 L'escapade de Grenouillot (suite)
Qu'il ait pu rater son saut à ce point ne manquait pas de navrer l'athlétique Grenouillot. Fraîchement éveillé - La déception avait-elle été si violente qu'il s'était évanoui, ou le goulu Maître Jacques l'avait-il estourbi, Grenouillot ne savait vraiment à quoi s'en tenir à ce sujet - le prisonnier n'avait de cesse de reprendre la figure par tous les bouts, en accéléré, en ralenti, à l'endroit, à l'envers, en oblique, en rétrograde inversé, décomposant, réglant encore et encore la précision du mouvement, parfaisant la fermeture de la paupière gauche, le levé de la patte arrière, traquant jusqu'au plus infime déséquilibre postural. A le voir s'ébrouer ainsi dans l'étroit gymnase de sa cage dorée, Maître Jacques, en mastiquant mollement la cuisse fade d'un écureuil vivant, se sentait pourtant venir l'eau à la bouche : "Saute, saute, jeune écervelé, ta chair n'en sera que plus croquante, marmonnait-il en guise d'encouragement en crachant les petits os dans l'herbe pimpante. C'était le printemps et la forêt relayait les courses, les cris et les jeux d'une faune vive et rieuse, innocent vivier dans lequel Maître Jacques pourrait bientôt piocher sa part de lion. De cette efflorescence Grenouillot n'avait cure, pas plus que de Maître Jacques : il travaillait dur, davantage préoccupé par la manière que le résultat, rééditant sans le savoir les gestes immémoriaux des artisans d'antan. La pensée que son heure approchait lui traversa bien l'esprit, mais il la chassa aussitôt : "Que m'importe le reste si je réussis mon saut ? La figure une fois accomplie, quel bonheur ! mon vivotage prend tout son sens ; je me laisserai cueillir comme une femme sous la dent de Maître Jacques !" Qui eût vu Grenouillot frétiller dans sa cage avec son air affairé, remettant cent fois son ouvrage sur le métier, plein d'une ardeur confiante telle qu'on n'en rencontre guère en ces temps grisonneux où le monde morose s'aplatit veulement sous les chiquenaudes du sort, aurait parié que ce bel éphèbe à la cuisse légère avait tout bonnement choisi de s'enfermer, soit qu'il jugeât la solitude nécessaire à sa concentration, soit parce qu'il préférait réduire pour le moment le champ de ses exercices, soit par mouvement altruiste, afin de minimiser les risques d'une collision brutale avec la population environnante. Comme on était loin du condamné à mort dont tous les pores suent le désespoir, qui geint, qui trépigne et se tord les mains, qui hurle, qui s'arrache les cheveux, qui se roule à terre, ce mort vivant rendu à moitié fou par la certitude d'une fin qu'il se représente d'avance comme atroce, damné qui vous regarde sans vous voir avec des yeux hagards d'outre-tombe, et qui, quoi qu'il tente pour se garantir de l'autre monde, ne fait déjà plus partie de celui-ci ! Maître Jacques visa le plus haut qu'il put dans les branchages et lança la tête de l'écureuil, qui ne retomba pas. Malgré la souffrance, personne ne l'avait entendu se plaindre. Pareille philosophie du destin eût été volontiers saluée par Grenouillot, s'il avait eu le temps de s'éparpiller pour un écureuil qui, du reste, ne pouvait plus l'entendre. Notre sportif, qui venait d'effectuer sa centième tentative et de subir son centième échec, passait en revue ses défaillances. Il ne lui manquait pas grand-chose ! Maître Jacques se baissa pour ouvrir la cage. Le Grenouillot, le succulent, le suprême, il l'avait gardé pour la fin, à la manière dont certains affamés font consciencieusement le tour du jaune d'oeuf. Mais si Maître Jacques salivait tout son soûl, son dessert persistait à lui tourner le dos, soucieux de préparer au mieux sa dernière ruade à la face du monde, une ruade dont la superbe, cette fois, le hisserait au faîte des exploits de l'âge d'or gymnique. Le temps pressait, les relents gastriques de Maître Jacques commençaient à embaumer la cage, Grenouillot digéré ne pourrait plus jamais bondir... Il sauta donc à l'étourdie, en négligeant certains préceptes fondamentaux. April 11 L'escapade de Grenouillot
Grenouillot courait à toutes pattes, les yeux braqués au loin vers les premiers ombrages de la forêt. En aurait-il eu le temps qu'il n'aurait pas éprouvé le moindre besoin de se retourner : il savait bien que Maître Jacques se rapprochait dangereusement, inéluctablement ; il pouvait sentir son souffle court, et parfois son échine se courbait au contact de cette haleine chaude, odorante, aussi musquée que celle que diffuse le radiateur aux premiers frimas. A chaque enjambée, Maître Jacques gagnait du terrain. Il faut dire qu'à côté des pieds énormes et écrasants de Maître Jacques, les maigrichonnes et sveltes pattounes de Grenouillot faisaient bien mauvaise figure ! Elles n'en valaient vraiment pas la chandelle ! Combien de pattounes grenouillottes eût-il fallu empiler à l'intérieur de cette caverne ventrue pour rassasier Maître Jacques ? Une chose était sûre : à lui seul, Grenouillot n'en avait pas assez. Or il était de notoriété publique que le peuple grenouilloteux, lassé par la société humaine, préférait vivre de modestes expédients au service des yétis, et Maître Jacques aurait, de cette façon, beaucoup de mal à compléter sa collection. "Mauvaise figure, mais vive allure !", telle était la maxime par laquelle le pugnace Grenouillot s'exhortait au combat. Il courait sans en démordre. Il en avait remporté des luttes, des duels à l'issue redoutée, et la somme de ses victoires passées semblait lui donner des ailes. Maître Jacques l'aidait aussi un peu à son corps défendant : ses pas pesaient plus lourd à mesure que la course s'accélérait, et chaque pied posé, faisant vibrer le sol avec force, propulsait Grenouillot un peu plus en avant que son bond seul ne l'eût autorisé. Grenouillot remerciait ses parents, chemin faisant, de l'avoir envoyé aux séances de gym autour de la mare à boue, qui l'avaient passablement dégourdi et allaient peut-être lui sauver la vie aujourd'hui - qui savait ? -, et tout à ses réflexions, se voyant bientôt arrivé à son verdoyant refuge, il lui prit l'envie soudaine d'exécuter une figure qu'on lui avait montrée lorsqu'il était enfant, figure réputée fort difficile et qu'il n'avait jamais eu l'occasion de réaliser, mais dont l'accomplissement nécessitait une grande lucidité et fédérait l'ensemble des ressources mentales et physiques dont un individu de talent pouvait disposer. Un adroit pied de nez à Maître Jacques, en somme. Grenouillot ne put se retenir de rire à l'idée que jadis, le professeur avait dû s'y reprendre à trois fois pour réussir cette figure, allant même jusqu'à mettre, au deuxième essai, sa vie en péril : ses pattes avaient glissé sur les abords très meubles de la mare à boue, et il se serait vu entraîner par le fond s'il n'avait eu la présence d'esprit de mordre une grosse touffe d'herbe grasse qui prospérait au milieu de la vase - les élèves s'étant contentés, conformément à leur statut d'élève, de se tenir les côtes en le montrant du doigt. Pris de remords à ce souvenir, Grenouillot voulut que l'accomplissement de la figure fût une forme d'hommage à son professeur en même temps que la réparation du vieil outrage qu'il lui avait fait subir. Grenouillot se prépara avec minutie : une patte en arrière, trois pattes vers le ciel, la tête inclinée sur le côté droit avec un certain abandon christique, dans la plus pure tradition gymnique, l'oeil droit à demi-ouvert tandis que le gauche restait fermé... Alors il virevolta dans les airs avec un élan imparable, car il avait oublié que Maître Jacques était à ses trousses et lui tendait les bras...
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